Sur un plateau devenu échoppe, maison, archive vivante, une mère et son fils rejouent les gestes qui les ont tenus debout. Couper, vendre, compter, négocier… Comme autant d’actions répétées inlassablement, des rituels de survie par lesquels le travail déborde l’intime jusqu’à le façonner.
Pendant plus de soixante ans, Josefina Orlaineta a bataillé avec l’économie précaire de Campèche, une ville et un état du sud-est du Mexique, situés dans la péninsule du Yucatán, accumulant métiers et stratégies diverses afin de conjurer l’effondrement inéluctable auquel elle et son fils étaient de naissance assignés.
À partir de cette mémoire fragmentée, Anacarsis Ramos compose un théâtre documentaire poreux où la fiction s’infiltre dans le réel. Les corps deviennent archives, les objets partenaires, la scène un espace de réparation fragile. Entre tendresse et violence, distance et tentative de rapprochement, Mi madre y el dinero explore ce que l’argent fait aux liens, comment il infiltre les affects, organise les silences.
Que reste-t-il d’une famille lorsque tout devient travail ? Peut-on rejouer le passé pour en déplacer la charge ? Dans cette économie du souvenir, le théâtre devient un lieu de négociation sensible, un espace où l’on peut apprendre à s’aimer autrement.